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 Haïti : réagir avec amour et justice
Publié 12/02/2010 21:08:00 - Articles spécial Internet

Cet article écrit par Heidi Unruh est paru dans la lettre de nouvelles de Evangelicals for Social Action, une semaine après le tremblement de terre. Malgré ses références anglophones plutôt, il est utile de prendre un peu de recul par rapport à la situation en Haïti et de réfléchir à la question de la justice.

« Le SEIGNEUR dit : «Voici mon serviteur. Je le tiens par la main, c’est lui que j’ai choisi avec joie. J’ai mis mon esprit sur lui, pour qu’il fasse connaître le droit aux peuples. Il ne crie pas, il ne parle pas fort, on n’entend pas sa voix dans la rue. Il ne casse pas le roseau courbé. Il n’éteint pas la flamme qui devient faible. Mais il fait réellement connaître le droit. Il ne se découragera pas, il n’abandonnera pas avant d’établir le droit sur la terre. Les peuples éloignés désirent recevoir son enseignement.» (Esaïe 42 :1-4).

Comme un roseau brisé, une flamme vacillante, beaucoup en Haïti, disparaissent, criant au Seigneur de la justice : jusques à quand ? Quand la bonne nouvelle de Dieu sera-t-elle instaurée en Haïti et sur toute la terre ?

Comme serviteurs de Dieu choisis pour apporter la bonne nouvelle aux pauvres et panser ceux qui ont le cœur brisé, nous sommes consternés, perplexes et convaincus de devoir agir face à cette tragédie. Alors que dans l’immédiat l’essentiel est de sauver des vies, nous partageons ici des réflexions à partir du point de vue de la justice.

Le cauchemar haïtien et le rêve du Dr King

« D’une certaine manière, le rêve du Dr. King de confronter le militarisme, le racisme et la pauvreté est inextricablement lié à Haïti et la dévastation qui a suivi le tremblement de terre de la semaine passée (12.01.10). Même si le tremblement de terre est une catastrophe naturelle, certains problèmes qui sont apparus ne sont pas naturels, dans le sens où Haïti ne s’est jamais remis de l’impérialisme politico-économique français et américain. Et Haïti n’a jamais réalisé son propre rêve d’être vraiment libéré des interventions étrangères armées et de la domination indirecte. »
(Dallas Darling)

« Pouvoirs cosmiques de ce monde de ténèbres » (Ephésiens 6 :12)

L’accusation de Pat Robertson que les Haïtiens ont subi le tremblement de terre comme punition pour leur pacte avec le Diable a été largement réfutée du point de vue théologique, historique (et du point de vue de la simple décence).

Les commentaires de Robertson ont introduit la discussion du royaume spirituel dans ce que les Occidentaux appellent une catastrophe naturelle. Les Haïtiens eux-mêmes se débattent avec les implications spirituelles de ces évènements. Aaron Taylor, ancien missionnaire en Afrique, écrit que les chrétiens ne peuvent pas accepter la condamnation simpliste de Robertson, mais d’autre part nous ne devrions pas rejeter le mal spirituel associé au vaudou et à la sorcellerie.

« Les intellectuels occidentaux libéraux peuvent se moquer de l’idée que l’idolâtrie mène à la pauvreté, mais pour des millions de chrétiens africains, ces questions sont liées depuis un moment déjà. Eux-mêmes se battent contre la sorcellerie dans leurs conférences de combats spirituels… La sorcellerie est une piètre base morale pour construire une société prospère. Quand les gens ont peur de réussir dans leur travail ou leurs affaires parce qu’un voisin pourrait leur jeter un sort mortel, c’est une mauvaise nouvelle pour l’économie. La plupart des responsables chrétiens africains le reconnaissent… Si nous Occidentaux nous voulons vivre en partenariat avec des chrétiens d’arrière-plan africain pour les entraîner vers la justice sociale dans leurs pays respectifs, il nous faudra prendre un peu plus au sérieux leur vision du monde. »

La culture de la pauvreté ?

Alors que Robertson proclame que la catastrophe naturelle a des racines spirituelles, le chroniqueur conservateur David Brooks soutient : « Ce n’est pas une histoire de catastrophe naturelle. C’est une histoire de pauvreté. »

Personne ne saurait nier que dans un pays où 90 % des citoyens vivent avec moins de 2 $ par jour, la pauvreté est le principal catalyseur ce qui fait un désastre à visages multiples : des bâtiments en mauvais état, des infrastructures en miettes, des services publics inadaptés, et des problèmes chroniques de santé sous-jacents.

Brook fait 4 constats sur la nature de cette pauvreté : 1. l’aide internationale n’a pas été efficace, et personne ne sait comment faire pour que cela marche ; 2. le micro-développement des ONG est « vital mais insuffisant » ; 3. la culture, y compris la religion, joue un rôle en perpétuant la pauvreté ; 4. le succès économique provient d’un « paternalisme local » ou de « responsables indigènes en état d'imposer des présupposés propres à la classe moyenne, une mentalité de la réussite et des exigences quantifiables et élevées. »

Brooks soulève des questions importantes. Cependant son analyse de la culture et de la pauvreté ne tient pas compte des racines systémiques de la pauvreté. Si nous voulons répondre «aux influences culturelles de résistance au progrès » en Haïti, nous devons en même temps confronter les forces socio-économiques qui ont donné naissance au progrès et qui ont profité de ces influences.

La justice demande une vue à long terme

Si nous voulons comprendre l'exigence de justice, il nous faut regarder cette tragédie sur le long terme, d’abord regarder en arrière pour comprendre les racines historiques de la situation actuelle, et comment les Etats-Unis et d’autres puissances mondiales ont été impliquées (pour le mal ou le bien) en donnant forme à la réalité présente en Haïti.

Il nous faut aussi regarder la crise à court terme et au rêve des Haïtiens d’une société de viabilité durable, de liberté et de dignité. Bientôt, ce tremblement de terre fera partie du passé (quand avez-vous vu la dernière fois un gros titre sur les tremblements de terre dévastateurs en Chine ou au Pérou ?) et on laissera les Haïtiens se débrouiller avec toutes les blessures non guéries du désastre, en plus de leurs souffrances de toujours. L'Organisation mondiale de la Santé prévoit que le plus grand nombre de morts à venir pourrait être causé non par les blessures non soignées, mais par de l’eau non potable.

Concernant l’avenir, voici quatre choses à faire pour apporter ensemble la droiture et la justice en Haïti :

1. Prier pour la justice.

2. Investir dans le développement. Sans minimiser le besoin urgent de ressources pour les secours immédiats et la survie, il nous faut nous préparer à donner généreusement , fidèlement, sagement et patiemment pour reconstruire le peuple et les infrastructures haïtiennes. Il y a beaucoup d’organisations chrétiennes crédibles qui ont investi à long terme en Haïti.

3. Militer pour la remise de la dette. La dette a épuisé les ressources de Haïti tout au long de son histoire, commençant par les billions de dollars en « réparation » que la nouvelle nation avait dû payer à la France. Les Etats-Unis ont heureusement déjà annulé notre part de la dette de Haïti. Mais le pays doit toujours 890 millions de $ à la banque Mondiale (FMI) et à d’autres créditeurs.

4. Décider de ne pas faire de mal. Face à une tragédie et à de grands besoins, il est tout à fait naturel de donner. Mais on a fait beaucoup de mal au peuple haïtien, au nom de la charité. Au minimum, cela signifie de s’assurer que l’argent ne tombe pas entre les mains de faux artistes, ou de chefs corrompus ; mais cela signifie aussi s’assurer qu’à terme, après avoir répondu aux premiers besoins de survie, l’aide alimentaire ne vienne pas faire du tort aux paysans locaux, comme cela a été le cas dans le passé.

Heidi Unruh, traduction Louise Nussbaumer 



 13/02/2010 17:48:56  Daniel Widmer

Cette réflexion en profondeur fait du bien face à toutes les questions qu’on se pose sur l’efficacité de l’aide apportée à Haïti. Nous devons continuer l’effort dans le sens abordé par cet article.



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