« Move in faith, dancing in the stream »

 In Christ Seul

Comme beaucoup d’entre vous le savent, la Conférence mennonite européenne (CMERK) s’est tenue cette année aux Pays-Bas, du 14 au 17 mai, dans la ville d’Amersfoort. Pendant quatre jours, plusieurs centaines de mennonites venus de toute l’Europe se sont réunis pour partager leur foi, leurs réflexions et leurs expériences. Parmi eux se trouvait un minibus de jeunes mennonites français, dont j’ai eu la joie de faire partie.

Après une journée de découverte à Amsterdam, nous avons rejoint le lieu de la conférence. Dès notre arrivée, nous avons été accueillis avec beaucoup de soin : chaque participant recevait un tote bag cousu main contenant plusieurs petits cadeaux, dont un pin’s sur Dirk Willems, un autocollant de Menno Simons dans un sabot hollandais, un carnet de notes et diverses surprises. Le programme des journées était riche et varié : méditation matinale, séances plénières, ateliers au choix, repas partagés, cultes du soir et, pour les 18-35 ans, des activités spécialement organisées en fin de soirée.

UNE FOI EN MOUVEMENT

Crédit photo: Audrey Hirschler Empaquetage des couvertures et des kits d’hygiène envoyés en Ukraine.

Le thème du rassemblement était : « MOVE IN FAITH – Dancing in the Stream¹ ». Une invitation à réfléchir à une foi qui n’est jamais figée. À l’image du chemin d’Emmaüs, la foi se vit dans le mouvement : un chemin fait de souvenirs et d’espérance, de pertes et de nouveaux départs. Le mouvement transporte notre héritage tout en nous ouvrant à l’avenir.

L’image choisie cette année, « danser dans le courant », peut sembler paradoxale. Comment rester debout dans un courant capable de nous emporter ? Comment avancer dans un monde si incertain, parfois même inquiétant ? Et pourtant, c’est précisément là que la foi prend vie. Non pas en dehors du courant, mais en son sein. Parfois portés par lui, parfois avançant à contre-courant, mais toujours en mouvement.

Nos ancêtres anabaptistes ont eux aussi dû trouver leur chemin dans un monde souvent hostile. Ils ont parfois tout quitté, parfois risqué leur vie pour rester fidèles à leurs convictions. Aujourd’hui, le contexte est différent, mais les mêmes questions nous traversent. Nos Églises changent, nos sociétés évoluent, nos certitudes sont régulièrement bousculées. Comment vivons-nous notre foi aujourd’hui ? Comment œuvrons-nous à la paix ? Comment demeurons-nous fidèles à l’Évangile dans un monde en perpétuel changement ?

Le récit d’Emmaüs nous rappelle que nous ne parcourons pas ce chemin seuls. Le Christ vient à notre rencontre, pas toujours reconnaissable, pas toujours visible, parfois là où nous ne l’attendons pas : dans l’étranger qui devient un ami, dans une conversation sincère, dans un acte de générosité.

C’est pourquoi nous nous rassemblons — en tant que communautés, au niveau européen et international. Pour partager nos histoires. Pour célébrer les liens qui nous unissent. Pour nous soutenir mutuellement dans le mouvement. Car la foi est personnelle, mais elle n’est jamais solitaire. (Inspiré de l’article Stay with us, in the flow, site Internet de la CMERK).

CE QUE JE RETIENS

Crédit photo : Valentin dos Santos Chaîne humaine pour charger le camion des dons destinés à l’Ukraine.

Je suis repartie de la conférence avec de nombreuses réflexions et interrogations sur la manière de vivre une foi et une vie d’Église pleines de sens, ancrées dans la réalité quotidienne et pertinentes pour nos contemporains, tout en restant profondément enracinées dans l’enseignement du Christ. Les intervenants nous ont encouragés à réfléchir à la façon dont nous pouvons refléter Jésus face aux enjeux économiques, écologiques et sociétaux actuels.

En tant que membre du comité CJ France, j’ai particulièrement apprécié les échanges avec les responsables jeunesse d’autres pays européens. Pouvoir partager nos défis, nos réussites et nos questionnements a été une véritable source d’encouragement. Un point fort pour les 18-35 ans a également été le programme de soirée spécialement conçu pour nous. Entre espace créatif, réalité virtuelle et jeux vidéo, activités sportives, jeux de société, cocktails sans alcool, silent disco, DJ ou encore espaces de discussion, chacun a pu y trouver sa place.

Durant ces quelques jours, j’ai aussi pu mesurer l’importance de se souvenir de notre histoire mennonite, des chrétiens anabaptistes qui nous ont précédés, des sacrifices faits et des témoignages de foi qu’ils nous ont laissés. Enfin, lors de la CMERK, nous avons choisi de vivre l’unité malgré nos différences et parfois nos désaccords. Nous avons choisi de nous rassembler autour des valeurs que nous partageons, de notre foi en Jésus et de notre désir commun de suivre son chemin de paix.

DES TÉMOIGNAGES QUI INTERPELLENT

Crédit photo : Doopsgezinden Temps d’échange en petit groupe.

Parmi les moments les plus marquants, je retiens le témoignage de Vasyl, un jeune Ukrainien qui étudiait en Lituanie lorsque la guerre a éclaté dans son pays. Actuellement étudiant d’un master en peacebuilding (construction de paix), il a fait le choix difficile de ne pas retourner combattre en Ukraine. Un choix profondément réfléchi, fondé sur ses convictions chrétiennes et son engagement en faveur de la non-violence. Il nous a parlé avec honnêteté de son combat intérieur, de la culpabilité parfois ressentie, de la peur et de la manière dont il apprend à remettre ses angoisses à Dieu. Son témoignage nous a poussés à nous interroger sur nos propres convictions. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour rester fidèles à ce que nous croyons ?

Un autre témoignage qui m’a marqué est celui d’un jeune Iranien réfugié en Allemagne après avoir osé s’opposer au régime de son pays. Nageur professionnel en Iran, il a vu ses rêves de carrière s’effondrer lorsqu’il a dû fuir. Il nous a raconté son parcours, de l’Iran à l’Italie puis à l’Allemagne, ainsi que les défis de l’intégration. Il a évoqué les barrières invisibles auxquelles de nombreux migrants sont confrontés : le regard des autres, les préjugés, les discriminations, le sentiment de ne jamais être totalement accepté. Son témoignage m’a amenée à me questionner sur ma manière d’accueillir. Suis-je prête à accueillir au-delà des apparences, au-delà de mes habitudes et de mes cercles relationnels ? Savons-nous reconnaître les barrières invisibles qui peuvent exclure certaines personnes de nos communautés ?

 

¹ Traduit en français par « La foi en mouvement – Danser dans le courant »

 

 

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