Écrans : comment reprendre le contrôle ?
Un enfant de 12 ans qui passe neuf heures par jour sur son téléphone : cette situation est devenue fréquente. Plusieurs raisons à cela. D’abord, l’accès illimité à Internet et la pléthore d’applications qui concernent tous les domaines de la vie conduisant à notre surexposition aux écrans. Ensuite, les procédés ouvertement addictogènes mis en œuvre par les géants du numérique dont le seul but est de rendre les utilisateurs dépendants. Une autre raison est que l’arrivée de ce nouvel objet culturel – Internet – n’a pas été accompagnée d’éducation et de pédagogie. Les parents ne sont donc pas en mesure de transmettre une éducation numérique à leurs enfants. Il faut aussi reconnaître que les parents ne sont pas toujours un modèle en matière d’usage des écrans. D’un point de vue pédagogique, l’exemplarité n’est pas optionnelle !
DES MÉCANISMES ADDICTIFS
Le résultat est que la perte de contrôle de ces outils est devenue un véritable problème de santé publique. Internet et les écrans donnent accès à un monde opulent et sans limites. Sans éducation, sans pédagogie, sans discipline, il n’est pas possible de résister à cette pression. L’addiction aux écrans repose sur des mécanismes similaires aux autres addictions. Elle implique des processus neurobiologiques, psychologiques et sociaux. Et toutes les conséquences délétères des addictions « classiques » se retrouvent dans la dépendance aux écrans. Aujourd’hui, on rencontre de plus en plus d’adultes et d’enfants qui, piégés par leur boulimie d’écrans, souffrent et ne trouvent pas les moyens de réguler leur consommation.
CE QUI SE JOUE DERRIÈRE LES ÉCRANS

Crédit photo : Camilo Jimenez
Dans cette situation, la question-clé à traiter, c’est celle du rapport que j’ai aux autres, à moi-même et à Dieu. Dans ce rapport-là, quelle place les écrans prennent-ils ? Et quelles conséquences la surconsommation des écrans a-t-elle dans ma vie personnelle ? La consommation moyenne d’écrans récréatifs en Occident (smartphone, PC, télévision, console de jeux) est de 6 heures 40 par jour, ce qui fait 2 400 heures par an, soit 100 jours de l’année rivés à un écran. Près d’un tiers de notre temps ! Ces 100 jours, on les prend à qui et à quoi ? Ce qui est en question, c’est bien mon rapport à moi-même, aux autres, à la société et à Dieu. Tout cela est éminemment spirituel et en soi, c’est un thème prioritaire.
RETROUVER LE GOÛT DE LA VRAIE VIE
Une dynamique de vie orientée par l’Évangile peut nous donner des réponses pour réguler notre consommation d’écrans. La première étape est une prise de conscience. Que se passe-t-il vraiment derrière nos écrans ? Que se passe-t-il dans le cercle familial quand les écrans prennent toute la place ? Il est nécessaire aussi de faire de la pédagogie auprès des enfants dès que possible. Ensuite, à partir de cette prise de conscience, il faut redonner à tous le goût de la vraie vie, avec de vraies gens. C’est toute l’écologie familiale qu’il faut repenser, c’est-à-dire quelle place on donne aux relations, quelle place on donne à des choses aussi importantes que manger ensemble, quelle place on donne à ces lieux que l’on doit sanctuariser dans la maison. Un bon début est d’appliquer la règle des quatre pas : pas d’écran dans la chambre, pas d’écran en mangeant, pas d’écran avant d’aller à l’école, pas d’écran avant de se coucher. Ce sont des règles toutes simples que chaque famille doit bien entendu adapter à la maturité et à la compréhension de chacun de ses enfants, mais il est impossible de faire l’économie d’une certaine discipline.
APPRENDRE À DÉCONNECTER
L’urgence de la situation doit aussi nous amener à recourir à la force du collectif et de l’intelligence partagée. Les ateliers de parole sont un bon outil : les participants vont parler les uns aux autres de leur expérience, des choses qu’ils ont mises en œuvre, qui ont marché, qui n’ont pas marché, des progrès qu’ils ont pu constater. L’objectif est de réfléchir ensemble et de trouver en commun des pistes, des solutions, des idées qui vont pouvoir aider chacun.
Retrouver le contrôle des écrans passe enfin par la décision de ne pas soumettre sa vie au « tout-écran ». Il faut être créatif pour trouver des alternatives. La tentation est d’utiliser le smartphone par facilité, voire par paresse. Quelle discipline pouvons-nous mettre en place à titre individuel, à titre familial, à titre collectif pour ne pas nous rendre entièrement dépendants de nos écrans ?
VIVRE DANS LE MONDE SANS S’Y PERDRE
L’Évangile nous pousse véritablement dans une dynamique qui va orienter toute notre vie et nos choix. Je pense à la question du discernement : apprendre à faire des choix éclairés dans l’océan d’opportunités et de possibilités que nous offre Internet. Il y a aussi la prière que Jésus adresse à son Père de ne pas ôter ses disciples du monde, mais de les garder du mal dans le monde dans lequel ils sont. L’idée donc n’est pas de sortir du monde, de se dire que le monde d’avant était mieux, d’être dans une attitude passéiste ou archaïque. Le Saint-Esprit est en nous, c’est lui, avec le discernement, la plénitude et les fruits qu’il donne, qui va nous permettre de résister au monde hégémonique des écrans. Nous sommes appelés à vivre à contre-courant de certains principes véhiculés par notre société. C’est peut-être là l’occasion de redécouvrir la beauté et la pertinence des Béatitudes qui nous invitent à la joie, à la simplicité, à la douceur et à la paix.
POUR ALLER PLUS LOIN…
Gérard Hoareau et Florence Pallard (dir.), Les écrans, parlons-en ! Feuille de route vers la sobriété numérique, Excelsis, octobre 2025


