Le scandale du mal

 In Christ Seul

« Quoi ! nous recevrions de Dieu le bonheur, et nous ne recevrions pas aussi le malheur ! » Qui peut aussi facilement que Job formuler cette affirmation (Jb 2.10) ? Lui qui, après avoir été informé de la perte de ses biens et du décès de ses enfants, affirme posément : « L’Éternel a donné, l’Éternel a repris : que le nom de l’Éternel soit béni ! » (Jb 1 21) ? Si Dieu est bon et amour, pourquoi nous enverrait-il du malheur ? Cette question, et beaucoup d’autres concernant le mal et la souffrance, se résume à la question d’un enfant de six ans : « Pourquoi Dieu n’a pas tué le diable quand il est devenu méchant ? »

POURQUOI ?

Pour avancer, il faut laisser ce pourquoi de côté. Il ne recevra pas de réponse ici-bas. Le psaume 22 commence par cette question, mais très vite le psalmiste constate : « Tu ne réponds pas », et sa prière se transforme. Tant que ce pourquoi nous travaille, notre esprit ne trouvera pas le repos. Nous nous culpabiliserons à chercher la faute qui mérite cette punition. Ou nous aurons une image faussée d’un Dieu qui fait souffrir sans raison.

Jésus pouvait répondre à ce pourquoi en évoquant les Galiléens que Hérode a fait massacrer et les personnes écrasées par la tour de Siloé (Lc 13.1-5), mais il interpelle plutôt ses auditeurs sur leur destinée éternelle. C.S. Lewis a écrit en 1940 une réflexion intellectuelle et posée sur le pourquoi du mal et de la souffrance¹. Mais en 1960, son épouse décède. Il publie alors un journal intime où il écrit les pensées qui le secouent. Dans la tempête, ses réflexions posées ne lui servent à rien. Le croyant en colère contre le mal s’écriera plutôt « Jusques à quand ? » (Ps 13 par ex.), acceptant de ne pas comprendre le pourquoi du mal, ou d’un malheur particulier, mais suppliant Dieu d’y mettre un terme.

(¹ Le problème de la souffrance. Ce texte doit beaucoup à divers auteurs chrétiens.)

CHERCHER OU DONNER

À la question de Gédéon : « Si l’Éternel est avec nous, pourquoi tout cela nous est-il arrivé ? » (Jg 6.13), l’ange de l’Éternel répond : « Va avec la force que tu as et délivre Israël de l’oppression de Madian. » Plutôt que de chercher le sens du mal ou d’un malheur, la Bible nous encourage à donner un sens aux circonstances de la vie : que vais-je faire de ce qui (m’)arrive ? Aux disciples qui cherchent à comprendre pourquoi l’homme aveugle de naissance est né ainsi, Jésus ne répond pas, mais préfère donner un sens à sa rencontre avec cet homme en le guérissant. Dieu n’a pas permis/voulu un malheur pour que…, mais ce qui se produit, mon action, ma décision, est un fruit positif qui a découlé de cette circonstance de vie.

PROJET DE DIEU

Crédit photo : Louise Sacre

Dieu est souverain, maître de l’histoire, aucun événement ne lui échappe, il peut faire concourir toutes choses à son dessein. Que Dieu décrète ou permette (en particulier le mal), la différence est subtile puisque finalement rien ne se passe en dehors de sa volonté et de son plan souverain. C’est une vérité à la fois rassurante, parce qu’elle affirme que le chaos n’a pas le dernier mot, et déroutante, parce qu’elle nous confronte à notre incapacité à tout saisir.

Dieu bénit et guérit ici-bas. Mais son projet principal est que nous ayons une belle vie dans un monde marqué par le mal. Sa préoccupation est que j’arrive à bon port. Ses projets permettent parfois la détresse, pour produire une persévérance qui mène à une fidélité éprouvée qui conduit à l’espérance, cette certitude que l’héritage m’attend (Rm 5 1-5).

PRÉSENCE DE DIEU

L’Éternel ne donnera à Job aucune justification. Sa seule réponse sera de se manifester à lui de manière toute particulière. Ce qui suscitera cette exclamation : « Jusqu’à présent j’avais seulement entendu parler de toi. Mais maintenant, mes yeux t’ont vu ! » (Jb 42.5). Et cela suffit à apaiser Job. La foi biblique, c’est se confier en Dieu et en Jésus-Christ. Dans le psaume 73, l’auteur est secoué par la réalité des méchants qui rejettent Dieu et prospèrent. Il trouve la paix en se rapprochant de Dieu et en méditant sur leur destin ultime Joseph peut dire à ses frères : « Vous aviez voulu me faire du mal, Dieu l’a voulu pour le bien. » Ce bien n’annule pas le mal subi. Joseph a été maltraité, vendu comme esclave, jeté en prison. Cela ne fait que quelques lignes dans nos bibles, mais Joseph l’a vécu dans sa chair pendant des années. Sa foi repose sur la fidélité de Dieu avec lui. Dieu ne promet pas une vie sans épreuves Il promet sa présence dans l’épreuve.

LA RÉPONSE DE DIEU AU MAL

La réponse de Dieu au mal et à la souffrance est la victoire sur le mal par la croix Réponse paradoxale, mystérieuse, dont on ne peut comprendre des bribes qu’en se tenant au pied de cette croix dans la méditation et la prière, non pas pour trouver une réponse à nos questions, mais la paix, la confiance qui nous permettent de marcher fidèlement. Que me dit-elle sur notre monde, sur le mal, et surtout, que me dit-elle sur Dieu ? Jésus n’a pas vécu une fidélité récompensée ici-bas, mais une obéissance qui l’a conduit à la croix. Parce qu’il avait en vue la joie qui lui était réservée, il a enduré la croix, et il siège maintenant à la droite de Dieu, premier-né d’une multitude de frères.

POURQUOI AIMER DIEU ALORS ?

La question du livre de Job est : « Est-ce de manière désintéressée que Job craint Dieu ? » La conviction de Job n’est pas que Dieu va lui épargner toute difficulté ici-bas. Il reste attaché à Dieu malgré les circonstances et à travers elles. Nous aimons Dieu pour lui-même, même lorsqu’il ne se laisse pas saisir par ses bienfaits ou qu’il permet des circonstances difficiles. Cela ne signifie pas nier la douleur ou l’injustice que l’on peut ressentir, mais refuser de réduire Dieu à un distributeur de bienfaits. La relation avec Dieu vaut plus que les bénéfices qu’on en retire.

Les chrétiens du 1er siècle étaient secoués par la violence de ce monde envers eux. L’apôtre Jean leur donne l’Apocalypse comme affirmation d’un Dieu vainqueur et d’une espérance à venir. L’Occident nous a fait croire à un bonheur possible ici-bas, dans un monde sans guerre où les acquis sociaux ne pourraient que progresser. Maintenant que ces illusions s’écroulent, il nous faut redécouvrir l’importance de cette espérance céleste Le bien que Dieu nous prépare est encore à venir.

Bibliographie

Henri Blocher, Le Mal et la Croix, La pensée chrétienne aux prises avec le mal, 2012, Excelsis, 208 p.

D.A. Carson, Jusques à quand ?, Réflexions sur le mal et la souffrance, 2005, Excelsis, 318 p.

Ronald Dunn, Dieu va-t-Il me guérir ?, 1999, Farel, 240 p.

Ronald Dunn, Quand le ciel est silencieux, Dieu est-il indifférent à nos souffrances ?, 1998, Farel, 204 p.

Timothy Keller, Pensées sur la mort et le deuil, 2022, Clé, 132 p.

Timothy Keller, La souffrance, Marcher avec Dieu à travers les épreuves et la douleur, 2015, Clé, 464 p.

C. S. Lewis, Apprendre la mort, 2019, Cerf, 142 p.

C. S. Lewis, Le problème de la souffrance, 2020, Pierre Téqui, 178 p.

Fritz Lienhard, Souffrance humaine et croix du Christ, 2006, Olivétan, 104p.

Paul J. Lindell, Le mystère de la souffrance, 1982, Telos, 62 p.

Linda Oyer, La souffrance, un chemin de vie ?, 2016, Éditions Mennonites, 75 p.

Philip Yancey, Où est Dieu dans l’épreuve ?, 2012, LLB, 232 p.

 

 

 

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