Les mennonites de la République Démocratique du Congo dans la tourmente

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Photo: Joseph Nkongolo – Des familles déplacées expriment leurs besoins lors de la visite d’une équipe chargée de l’évaluation de la situation
 

Des douzaines de mennonites congolais ont été tués, des centaines de leurs maisons brûlées et des milliers d’entre eux ont fui : la violence ravage la région du Kasaï, où l’Eglise mennonite de la République démocratique du Congo est née.

Une réponse commune anabaptiste, conçue et déployée par les comités de secours des mennonites et Frères mennonites congolais, a pour but de venir en aide aux quelques 1,4 millions de personnes (dont environ 850 000 enfants) déplacées par les conflits armés dans la région du Kasaï. Le Mennonite Central Committee (MCC) coordonne les organisations anabaptistes basées en Amérique du Nord et les contributions des communautés anabaptistes internationales.

Les responsables de l’Eglise congolaise ont signalé 36 décès mennonites, 12 écoles chrétiennes détruites ou attaquées, 16 églises détruites ou attaquées et 342 maisons détruites. Ces chiffres sont susceptibles d’augmenter dans les prochains jours.

Par le biais d’un traducteur sur Skype, le pasteur Adolphe Komuesa Kalunga, président de la Communauté Mennonite au Congo, a déclaré qu’il est difficile pour les responsables d’Eglise de communiquer avec leurs membres, car beaucoup se cachent dans les forêts. Komuesa est également membre élu du gouvernement national du président Joseph Kabila.

La violence commença en 2016 avec des tensions entre le gouvernement et Kamuina Nsapu, nom tribal d’un chef de la ville de Tshimbulu, dans une région prétendument opposée au gouvernement. Ignoré par le gouvernement de Kabila, le chef forma une milice rebelle qui détruisit un poste des autorités locales. En réponse, les forces gouvernementales le tuèrent et refusèrent de renvoyer son corps à sa famille.

Alimentée par des ressentiments suite à la répartition inégale des richesses, la privation de droits et l’adhésion à une divinité rendant les combattants invincibles selon les chefs rebelles, la milice, nommée Kamuina Nsapu en mémoire de son fondateur, se renforça.

Les forces gouvernementales auraient alors répondu en tuant aveuglément, porte à porte, dans les zones associées aux rebelles. Au printemps, alors que les hostilités battaient leur plein, une seconde milice connue pour sa brutalité – Bana Mura – se forma avec la participation d’agents du gouvernement, selon l’ONU. Une grande partie de la violence se découpe selon des divisions ethniques, des atrocités sont commises de tous les côtés. Des villages entiers sont détruits sur la base de leur ethnicité, faisant plus de 3 000 morts.

 

Témoignages de violence

Une équipe mennonite d’évaluation composée de membres d’Eglises congolaises a entendu des histoires de mutilations, de décapitations et de violence sexuelle. L’équipe a rencontré plusieurs survivants, dont des mennonites, à Tshikapa et à Kikwit.

Rod Hollinger-Janzen, coordonnateur exécutif de la Mission inter-mennonite africaine (AIMM) établie dans la région depuis 1912, a visité le Congo en juillet 2017. Il a parlé avec Joseph Nkongolo, membre de l’équipe d’évaluation. Nkongolo raconte l’histoire d’une mère qui a remis son nouveau-né à sa fille de six ans avant d’être tuée avec son mari. Les rebelles ont ensuite laissé partir la fille avec le bébé.

Une autre femme a été témoin de la décapitation de son mari et a ensuite été obligée d’amener sa tête à un autel utilisé par les tueurs. Des enfants ont vu leurs parents tués à coup de machettes.

Hollinger-Janzen admire profondément la force des membres de l’équipe d’évaluation. « Ils portent les souffrances de tant de gens. »

Plus tôt cet été 2017, Hollinger-Janzen a appris par un email d’Adolphine Tshiama, présidente de l’organisation féminine de la Communauté mennonite au Congo, que son frère et plusieurs membres de sa famille avaient été tués par la milice Bana Mura au cours de deux attaques. Le 6 août, sa belle-sœur, sa nièce et trois enfants de sa nièce, tous tenus pour morts, sont miraculeusement réapparus après s’être cachés dans la forêt pendant près de trois mois.

 

Quand la richesse devient malédiction

L’histoire du Congo est teintée de violence et d’exploitation. Deuxième plus grand pays d’Afrique, le Congo accède en 1960 à l’indépendance du contrôle oppressif de la Belgique. Quatre ans plus tard, Mobutu Sese Seku s’empare du pouvoir par un coup d’Etat, 32 années notoirement impitoyables au pouvoir s’en suivent. Grâce à l’importante richesse minérale du pays, il aurait détourné des milliards de dollars tout en profitant du soutien américain.

En 1994, suite au génocide orchestré par les Hutus dans le Rwanda voisin, Mobutu fait alliance avec les Hutus qui se réfugient au Congo et cherchent à y attaquer les Tutsis. Cela donne naissance à une guerre qui a coûté la vie à 5 millions de personnes. En 1997, Mobutu est remplacé par Laurent-Désiré Kabila, dont le fils, Joseph, est président aujourd’hui.

Bien que la Constitution exige que le jeune Kabila démissionne à la fin de son deuxième mandat de huit ans en 2016, il retarde l’élection en stipulant que le gouvernement n’a pas les moyens de mettre en place le processus électoral.

Selon le journal The Guardian, les sondages indiquent que Kabila perdrait largement si les élections se tenaient aujourd’hui. Sa famille et lui contrôlent, selon les enquêtes, un vaste réseau d’intérêts commerciaux dans le pays, contribuant à la violence et à l’instabilité. Malgré de vastes ressources minérales, le Congo est classé 176ième sur 188 pays selon l’indicateur de développement humain des Nations Unies.

Certains suggèrent que le meurtre de Kamuina Nsapu aurait été orchestré pour créer un chaos qui détournerait l’attention des élections retardées.

 

Mennonites au cœur de la violence

Le Congo abrite plus de 235 000 mennonites, répartis en trois conférences : la Communauté mennonite du Congo, la Communauté des Frères mennonites du Congo et la Communauté évangélique mennonite du Congo, faisant ainsi du Congo, le quatrième pays ayant le plus d’anabaptistes au monde, après les États-Unis, l’Éthiopie et l’Inde.

Des dizaines d’Eglises mennonites se trouvent dans la zone de conflit du Kasaï. La Communauté mennonite du Congo – la principale dénomination anabaptiste représentée dans la région du Kasaï – fait état de 19 districts, avec chacun cinq à huit Eglises, directement touchés par la violence.

Les mennonites hors des zones de conflit s’activent pour répondre aux besoins. Les familles, souvent elle-même démunies, accueillent des personnes déplacées, et les Eglises partagent ce qu’elles ont. La réponse commune des organisations anabaptistes internationales renforcera ces efforts locaux, en particulier autour de Kikwit et Tshikapa, les régions accueillant le plus grand afflux de personnes déplacées.

Bruce Guenther, responsable des réponses en situation d’urgence à MCC, a déclaré qu’il est « alarmant » de voir combien peu d’organismes d’aide sont impliqués dans la région du Kasaï. Les anabaptistes nord-américains agissent « dans l’urgence mais avec précaution », en collaboration avec de nombreuses organisations et Eglises sur le terrain dans les zones touchées. Guenther explique que la réponse anabaptiste cherche à « accompagner l’Eglise locale à répondre comme bon lui semble ».

Komuesa estime que les cinq besoins prioritaires à ce stade sont la nourriture, les soins de santé, l’hébergement (en particulier lorsque la saison des pluies approche), la scolarisation et la réconciliation. Alors que certaines sources indiquent que ce conflit ethnique a mis à l’épreuve l’unité au sein de l’Église mennonite, Komuesa déclare que l’harmonie prédomine encore.

« Nous devons aller vers les gens et leur partager la paix et la réconciliation que nous avons. »

Komuesa a déclaré que les tensions diminuent progressivement. En tant que pasteur et fonctionnaire du gouvernement, son message aux milices est de cesser d’utiliser la violence. Le rôle du gouvernement est de protéger la population et de restaurer la sécurité, dit-il.

Mulanda Jimmy Juma, représentant du MCC au Congo, explique par téléphone que la réconciliation commence avec l’aide humanitaire. L’objectif est d’amener les gens de différents groupes ethniques à travailler côte à côte pour fournir de l’aide aux bénéficiaires sans tenir compte des antécédents. Doté d’une expérience considérable sur la consolidation de la paix dans plusieurs régions d’Afrique, Juma parle également de l’intérêt de rapprocher les enfants de différents groupes, notamment car lorsque les parents voient leurs enfants jouer ensemble, cela contribue à changer leur point de vue.

 

Appel à la prière

Hollinger-Janzen souligne le stress que vivent de nombreux Congolais ; la plupart des gens ont du mal à fournir à leurs familles ne serait-ce qu’un repas par jour. Ajoutez à cela, dit-il, un héritage d’oppressions coloniales, d’interférences occidentales et d’un système étatique corrompu qui n’a jamais fonctionné pour les gens. Enfin, ajoutez-y une étincelle de violence.

« J’essaie d’y réfléchir et d’imaginer ce que c’est. Je veux croire que le Dieu que nous adorons peut venir à n’importe qui dans n’importe quelle situation… que d’une manière ou d’une autre, l’amour de Dieu peut être communiqué peu importe les circonstances ».

Il encourage les gens à soutenir la réponse anabaptiste commune au Congo. « C’est le moment de répondre. C’est ce à quoi Jésus nous appelle. »

Comme Juma et Komuesa, il rappelle que la prière doit être notre première réponse. « Faisons preuve de davantage de compassion ! Et quand nous ne savons pas que prier, l’Esprit prie en nous. »

 

Article paru sur https://www.mennonitemission.net/news/Mennonites-in-middle-of-Congo-crisis – Traduction : Améline Nussbaumer

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