L’Église face aux violences : parlons-en et agissons

 In Christ Seul

Parler des violences dans l’Église n’est ni facile ni confortable. Oser les nommer est pourtant essentiel pour les prévenir et les combattre.

EN PARLER POUR DONNER LA PAROLE AUX PERSONNES CONCERNÉES

Parler des violences dans l’Église commence par une réalité exigeante : il faut que les personnes victimes puissent parler, et il faut surtout qu’elles soient véritablement entendues.

Cela est particulièrement difficile lorsque l’auteur est un proche, un responsable, un membre estimé de la communauté, ou quand on craint de ne pas être cru, ou de « faire du mal à l’Église ».

La volonté de préserver la communauté peut parfois devenir un obstacle à la parole, ou du moins à sa réception. On peut être tenté de régler les choses « entre nous », à deux ou trois. Le texte de Matthieu 18.15-19, souvent invoqué, a plutôt pour intention d’alerter sur la nécessité de résoudre les conflits ou tensions sous l’œil de témoins, jamais d’en faire un secret. Et lorsqu’il s’agit de violences, on ne peut pas parler d’un conflit aux torts partagés : il y a en fait une asymétrie dans la relation et une atteinte à la dignité de la personne victime. En parler, c’est refuser que notre théologie de la paix se transforme en théologie du silence, et regarder en face une réalité qui existe dans nos rangs. Nous offrons dès lors un espace permettant aux personnes victimes de nommer l’emprise, l’abus de pouvoir, les violences spirituelles, sexuelles, physiques ou psychologiques.

Mais libérer la parole ne suffit pas. Nous devons aussi libérer notre capacité d’écoute. Écouter sans chercher à résoudre trop vite. Écouter sans minimiser, sans demander pourquoi la personne n’en a pas parlé plus tôt et sans lui faire porter la responsabilité de ce qu’elle a subi. Une écoute sincère et véritable suppose d’accepter que la parole de la personne concernée puisse nous déranger, remettre en question nos représentations, y compris en matière de communauté. Aller trop vite pourrait faire l’effet d’une seconde violence.

EN PARLER POUR SE METTRE EN MOUVEMENT EN TANT QUE COMMUNAUTÉ

Crédit : Tumisu

Et si la parole des victimes devenait, pour notre communauté, non pas un problème mais une ressource précieuse ? Dénoncer une violence peut sembler menacer l’équilibre communautaire, surtout quand tout le monde se connaît ou que l’auteur est apprécié. La confiance mutuelle, sollicitée par le groupe, devient alors, paradoxalement, un facteur de silence.

La responsabilité mutuelle ne consiste pas en un contrôle ou une surveillance de l’autre. Elle consiste plutôt à reconnaître que nos relations ont besoin de limites, de respect et de prudence. Notre vie communautaire doit apprendre l’équilibre qu’offre une juste distance. Cela suppose de se poser des questions de fond : savons-nous distinguer un conflit d’une situation violente ? Une personne est-elle libre de dire « non » sans avoir peur de décevoir ? Quelle place donnons-nous à la vie privée dans nos communautés ? Que faisons-nous lorsque nous soupçonnons qu’une personne est en danger ? Apprenons-nous à reconnaître les mécanismes de violence ? À détecter les abus de pouvoir et d’autorité ? Quels types de blagues pratiquons-nous ? Quels sont les sujets abordés dans les temps d’enseignements ? Et de quelle manière ?

L’héritage mennonite de la non-violence est une ressource réelle mais pas une garantie. En parler, c’est entrer dans une dynamique de prévention et développer une culture d’Église plus saine. En parler revient à donner la parole aux personnes concernées, à apprendre à écouter, à accepter de questionner nos pratiques et nos représentations, de nous former et de nous laisser interpeller. En parler, c’est commencer à agir.

COMMENT AGIR ?

Pour agir, il nous faut nous retrouver, nommer nos dérives, nos dysfonctionnements, nos complicités et choisir nos combats, nos engagements. Notre union d’Églises a fait le choix de confier à un groupe de travail sur la prévention et la lutte contre les violences la réflexion sur ces questions¹. À ce stade, le groupe aimerait partager avec les Églises la proposition d’une charte pour nos communautés et d’un code de conduite pour tous les responsables d’Églises. Dans ce sens, vous êtes, chacune, chacun, invités à rejoindre la journée inter-Églises du 31 octobre 2026 pour un pas de plus dans nos échanges et dans les actions à mettre en œuvre.

Diego Labeth et Marianne Goldschmidt  (pour le groupe de travail Prévention et lutte contre les violences)

 

¹ Cf. Véronique Lavoué,« Face aux violences, faire de l’Église un lieu sûr », Christ Seul n°1171, février 2026, p.22

 

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