Un vainqueur inattendu

 In Christ Seul

Dans l’Apocalypse, le message que Dieu veut communiquer à son peuple est transmis par des visions, des images ou des symboles variés. À côté d’animaux effrayants, comme le dragon ou les sauterelles, il en est un qui nous rassure : l’agneau. C’est une figure toute familière, bucolique. Oui, mais nous sommes dans l’Apocalypse…

ÉGORGÉ MAIS DEBOUT

Cet agneau est à plus d’un titre étonnant : au fil des chapitres, il nous est présenté comme égorgé mais debout (5.6), avec sept cornes et sept yeux (5.6). Il est berger (7.17), époux (19.7), temple (21.22), lampe (21.23). Le lecteur est dérouté par ces images parfois contradictoires, comme lorsque les représentants des puissances du mal craignent « la colère de l’agneau » (6.16). Nous sommes loin du petit animal tétant sa mère dans un pâturage bien vert…

Et pour cause : quand on lit le mot « agneau » dans l’Apocalypse, c’est Jésus qu’il faut voir. Cette expression le désigne 27 fois dans le livre, plus qu’aucune autre. Et le terme grec, assez rare, devrait être traduit plutôt par « petit agneau ». Pourquoi ce symbole pour désigner le Christ ?

LE MESSIE ATTENDU… ET CELUI QUI VIENT

L’entrée en scène de cet agneau est étonnante : au chapitre 5, Jean attend le lion de Juda pour ouvrir le livre du salut, et c’est un « petit agneau » qu’il découvre. L’espérance des Juifs de l’époque, sous domination romaine, était l’arrivée d’un Messie fort et puissant comme un lion. Mais c’est en agneau immolé que Christ nous est présenté. C’est ainsi qu’il a remporté la victoire, dans la faiblesse et le don de sa vie. Plusieurs fois reviennent les expressions « agneau immolé », « sang de l’agneau ».

La mort à la croix de Jésus est reliée aux sacrifices de l’Ancien Testament et à la Pâque lors de l’Exode. Comme l’agneau pascal est sacrifié pour sauver et libérer le peuple d’Israël de la mort et de l’esclavage, Jésus a donné sa vie pour que le peuple des croyants, l’Église, soit libre. Et cet agneau est maintenant debout. Il est ressuscité, il est vainqueur et il règne avec Dieu son Père.

UNE VICTOIRE DÉSARMÉE

Des visions majestueuses décrivent ce règne et les mots semblent parfois manquer au chœur céleste pour exprimer l’adoration dont est digne l’agneau victorieux (5.12 ; 15.3-4 ; 19.1-10).

Entre l’agneau immolé, vulnérable et impuissant, et l’agneau sur le trône, majestueux, quel contraste ! Bien des artistes ont représenté le Christ victorieux comme un bélier bien gras plutôt qu’un « petit agneau ». Mais c’est dommage, car c’est passer à côté du message central du livre : Jésus a remporté la victoire par le don de sa vie, face aux puissances diaboliques, la bête et le dragon.

Par nos chants, nous proclamons avec raison le Christ victorieux, le roi de l’univers, mais le lion n’a pas remplacé l’agneau : le chemin de Jésus est toujours le même. Ses disciples sont vainqueurs en suivant la même voie que lui.

« Mais eux, ils l’ont vaincu à cause du sang de l’agneau et à cause de la parole de leur témoignage ; ils n’ont pas aimé leur vie, même face à la mort. » (12.11)

SOUS LA CONDUITE DE L’AGNEAU

Crédit photo : Daniel Sandvik

Le chemin que propose le monde est celui de l’injustice, de la haine et de la violence. Il conduit ceux qui l’empruntent à subir la colère de l’agneau qui jugera leurs œuvres. La victoire des disciples du Christ est dans le refus de suivre cette voie et le choix d’être témoins comme lui, au prix parfois de leur vie.

Par sa présentation de Jésus comme l’agneau vainqueur, l’Apocalypse encourage et fortifie les croyants. Il est l’agneau-berger qui console, accompagne et dirige son peuple, jusqu’au jour du banquet de noces où l’agneau-époux se réjouira pleinement avec son Église.

« Et je vis un agneau debout au milieu du trône, entouré par les quatre êtres vivants et les anciens. Il semblait avoir été mis à mort. Il avait sept cornes, ainsi que sept yeux qui sont les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre. L’agneau s’avança et prit le livre de la main droite de celui qui siégeait sur le trône. Aussitôt, les quatre êtres vivants et les 24 anciens s’agenouillèrent devant l’agneau. Chacun d’eux avait une harpe et des coupes d’or pleines d’encens, qui sont les prières de ceux qui appartiennent à Dieu. »

Apocalypse 5.6-8

 

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