La tragédie du réarmement
Si vis pacem, para bellum (« Si tu veux la paix, prépare la guerre »). Cet adage latin bien connu reflète la sagesse populaire qui voit dans la préparation à la guerre la meilleure solution pour garantir la paix. La logique est la suivante : si la guerre menace, il faut armer le pays pour le préparer à répondre au conflit, ce qui lui permettra de protéger les faibles et donc d’apporter ou de maintenir la sécurité pour tous. Cette logique pousse de nombreuses nations à augmenter massivement leurs budgets militaires.
LA DÉFENSE PLUTÔT QUE LA SOLIDARITÉ

Crédit : Kevin Schmid
Les tambours qui battent la course à l’armement sont assourdissants et ne cessent de s’amplifier. En Suisse où j’habite, cette tendance est marquée : fin 2024, le Parlement a décidé d’augmenter les dépenses militaires de quatre milliards de francs entre 2025 et 2028, visant un budget correspondant à 1 % du PIB d’ici 2032.
Nous voulons toutes et tous un monde plus sûr, mais où réside la véritable sécurité ? En réalité, un monde plus sûr pour toutes et tous nécessite des investissements dans la sécurité humaine, par le biais de la santé, de l’éducation et de l’aide humanitaire. Sous Donald Trump et Elon Musk, l’USAID¹ a été démantelée du jour au lendemain en février 2025. En réponse aux appels de l’administration Trump à augmenter les dépenses de la défense, la plupart des pays européens ont suivi le mouvement et réduit leur aide publique au développement pour augmenter leur défense. Ainsi, la Grande-Bretagne a réduit son budget d’aide de 40 %. En France, cinq coupes consécutives sur deux ans ont vu les budgets réduits de 58 %. En Allemagne, le deuxième plus grand soutien des pays émergents après les États-Unis, le budget de l’aide a été réduit de 53 % entre 2024 et 2025. Et en Suisse, des coupes importantes dans la coopération internationale ont été approuvées : 110 millions de francs pour 2025 et 321 millions pour la période 2026-2028.
LE COÛT HUMAIN DE L’ILLUSION MILITAIRE

Crédit : Simon Infanger
C’est une réduction draconienne, alors que les besoins mondiaux explosent, avec plus de 123 millions de personnes déplacées et 673 millions souffrant de la faim. Une étude publiée dans The Lancet estime que ces mesures vont coûter la vie à 22,6 millions de personnes d’ici 2030, dont 5,4 millions d’enfants de moins de 5 ans². Ce sont bien 22 millions de morts supplémentaires, évitables ! Alors que les budgets de la défense augmentent et que les armes s’accumulent dans les stocks sans être utilisées, l’aide humanitaire a un impact immédiat et salvateur.
L’augmentation des budgets de défense est souvent un prélude à la guerre, et non à la paix. Le général James Mattis, ancien secrétaire à la Défense aux États-Unis, avait averti en 2013 que si la diplomatie et l’aide étaient réduites, « alors je devrais acheter plus de munitions³ ». En effet, la sécurité réelle nécessite plus que la seule puissance militaire : elle nécessite la stabilité, la confiance et des partenariats fiables.
VERS LA VRAIE SÉCURITÉ

123 millions de personnes sont déplacées et 673 millions souffrent de la faim dans le monde. Crédit : Ayano Tosin
Investir dans la santé, l’éducation et le soutien humanitaire n’est pas seulement un acte de charité, c’est un investissement vital pour un monde plus sûr. Face à l’augmentation mondiale des budgets militaires et aux coupes drastiques qui menacent la coopération internationale, l’appel biblique à la générosité devient un acte de justice prophétique. Je rêve que les disciples de Christ se mettent ensemble à réexaminer leurs habitudes de dons pour soutenir massivement l’aide au développement. Ce serait un témoignage clair de la priorité de la vie sur l’armement, pour montrer le refus de la violence comme solution.
¹ Agence des États-Unis pour le développement international.
² Andrea Ferreira Da Silva et al., « Impact of Two Decades of Humanitarian and Development Assistance and the Projected Mortality Consequences of Current Defunding to 2030: Retrospective Evaluation and Forecasting Analysis », The Lancet Global Health, février 2026.
³ « Heed General Mattis’ Warning, D.C.: Less Diplomacy Means ‘More Ammunition’ », Forbes, juin 2025.
