La communauté locale, une vie partagée
Alors que la spiritualité se vit de plus en plus en dehors des institutions religieuses, l’Église locale peut sembler dépassée. Pourtant, la Bible présente la foi comme une expérience qui se vit en communauté.
DIEU, L’ÉGLISE OU LA FORÊT ?
Les sondages varient quelque peu, mais ces chiffres donnent un ordre d’idées : 41 % des Français croient personnellement en Dieu, 17 % prient souvent, 5 % participent régulièrement au culte¹. Si je pouvais glisser une question dans ce sondage, je demanderais à ceux qui fréquentent régulièrement le culte de nous présenter le Dieu auquel ils croient et aux autres de faire de même. Est-ce que le Dieu que mon voisin rencontre en forêt lors de sa promenade est le même que celui que je vais adorer le dimanche matin dans mon Église locale ?
L’ÉGLISE LOCALE : FONDEMENTS BIBLIQUES

Crédit : Sitraka Raminoson Rencontre des communautés mennonites d’Île-de-France le dimanche de Pentecôte 2026.
L’évangile selon Matthieu mentionne deux fois l’Église (Mt 16.18, 18.17). Le terme utilisé, ekklesia, désigne une assemblée, une réunion de personnes convoquées. Il fait directement écho aux assemblées (qahal) que Dieu convoque tout au long de l’Ancien Testament pour se manifester, donner la Loi, consacrer son peuple ou conclure une alliance (Ex 35.1 ; Lv 8.3 ; Dt 31.12). Il marque ainsi la continuité du projet de Dieu : appeler un peuple à le choisir et à l’adorer comme Dieu, à vivre selon ses prescriptions, pour son bien et pour le bien de toute la création.
L’Esprit saint, répandu à la Pentecôte, marque les débuts de l’Église qui nous est présentée tout au long des Actes comme un rassemblement de personnes capables de se soutenir mutuellement (Ac 2.42), d’affronter les tragédies, telle la persécution (Ac 8), de témoigner et de rassembler ceux qui se tournent vers le Seigneur, et cela jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 9-28) Cette Église est une nouvelle forme d’organisation sociale, une réparation de l’humanité dispersée à Babel (Gn 11.1-9). Elle vit et annonce la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ en paroles et en actes.
L’ÉGLISE LOCALE : UNE MAISON DE DIEU
Les épîtres décrivent des Églises de maison (1Co 16.19, Col 4.15, Rm 16.5) et établissent des parallèles entre le fonctionnement domestique et celui de l’Église, considérée comme la maison de Dieu (1Ti 3.5, 12, 15). Comme une maison, l’Église locale établit les rôles selon les dons de chacun, veille au soin des plus faibles, invite au service mutuel et à la soumission réciproque. Mais ici, le chef n’est pas l’homme fort de la maison, c’est le Christ mort et ressuscité. L’autorité n’est pas faite de domination, mais de service. Le vivre-ensemble est rendu possible par la repentance, par le pardon reçu et donné, par la recherche active de la paix, par l’expression de l’amour. La dépendance au Dieu trinitaire, le culte, l’enseignement, la prière, la communion, le témoignage de foi et la mission en deviennent les pratiques spirituelles essentielles.
Pour autant, l’Église locale n’est pas le Royaume de Dieu, mais ses prémices, un peu comme l’aurore annonce le jour à venir. Il y subsiste les maux de notre monde pécheur : hypocrisies, rancœurs, dominations et abus qui blessent ses membres et nuisent à son témoignage. Pour combattre cela, l’Église met en œuvre une discipline patiente, aimante et ferme (Mt 18.16-18).
L’ÉGLISE LOCALE AUJOURD’HUI : UNE BIBLE VIVANTE ?
J’aime cette image d’un théologien jésuite : « La Bible est à son monde comme la communauté chrétienne est à son monde. » Autrement dit, ces multiples Églises locales sont comme autant de mini-Bibles vivantes où se poursuit l’histoire de Dieu avec les humains. On y croise d’ailleurs des patronymes du récit biblique : des Sarah, Ruth, Daniel, Jean, Marie, Marthe, Pierre et bien d’autres. On y apprend l’histoire biblique. On y vit des émotions intenses de joie et de tristesse, de colère et de confiance qu’on apprend à canaliser vers Dieu. On apprend à recevoir et à donner, à aimer et à être aimé, à porter ensemble peines et défis. On apprend à être démunis, à nous retrouver à genoux pour prier. C’est tout cela l’Église locale, et bien plus encore.
Alors franchement, je ne troquerai pas mon Église locale pour une forêt, ni le Dieu que j’ai appris à connaître et adorer dans l’Église pour un Dieu de la nature !
¹Observatoire français du catholicisme, IFOP, mars 2025.

