🌕Quand commence vraiment la violence ?

 In Christ Seul

Le terme violence fait écho aux coups portés, à la guerre – en particulier dans le contexte géopolitique actuel –, aux agressions verbales, psychologiques, ou sexuelles. La violence renvoie donc à ce qui est identifiable et visible. La Bible nous invite aussi à chercher les racines de la violence, bien avant qu’elle s’exerce en actes répréhensibles.

En Genèse 3, l’être humain se rebelle contre Dieu et veut déterminer lui-même ce qui est bien et ce qui est mal. Aussitôt, les relations se dégradent : la honte apparaît, Adam accuse Ève, Ève accuse le serpent. Et dès le chapitre suivant, la violence fait irruption entre les deux frères. Caïn est irrité, car son offrande n’a pas reçu un accueil semblable à celui qu’a reçu l’offrande d’Abel. Dieu l’interpelle alors : « Pourquoi es-tu en colère et pourquoi ton visage est-il sombre¹ ? » Caïn n’a pas encore franchi la ligne rouge, et pourtant quelque chose est déjà à l’œuvre dans son cœur. Parce que l’autre est devenu une menace, un rival, un obstacle à son désir ou à sa propre affirmation.

Crédit image : cre8tivehome0

Alors qu’il a tué son frère, Dieu interpelle à nouveau Caïn : « Où est ton frère Abel² ? » Caïn formule cette célèbre réponse : « Suis-je le gardien de mon frère³ ? » Cette réponse nourrit certes la question de la responsabilité, mais renvoie aussi à la terrible transformation qu’engendre la violence – dès ses prémices – sur le regard que l’on porte sur l’autre et sur la considération qu’on lui accorde. Le frère devient celui dont je peux disposer.

Des siècles plus tard, le prophète Sophonie décrit un peuple d’Israël chez qui Dieu semble disparaître peu à peu du paysage religieux : il n’est plus au centre, mais comme en périphérie. L’éloignement de Dieu côtoie alors l’injustice et la violence. Lorsque Dieu n’est plus au centre, notre rapport à l’autre se dérègle lui aussi : ma volonté, mes désirs, mon pouvoir ou mes sécurités peuvent prendre une place qui ne leur appartient pas. La violence devient alors l’une des manifestations possibles de ce désordre.

Face à cela, l’humilité apparaît chez Sophonie comme une réponse particulièrement concrète. Dieu annonce qu’il sauvera un reste du peuple « pauvre et démuni, qui cherchera refuge en l’Éternel⁴. » Il ne s’agit pas tant de pauvreté matérielle que d’un détachement de toutes nos sécurités placées en dehors de Dieu. L’humilité doit écarter toute forme de violence dès lors que je reconnais que je ne suis pas Dieu et que je ne peux disposer de l’autre à ma guise. Je suis appelé alors à dépendre de Dieu, à accepter d’être repris et transformé par l’action de son Esprit.

Le message de Sophonie ne s’arrête ni à la violence ni au jugement. À la fin du livre, Dieu est de nouveau reconnu au milieu de son peuple. La peur laisse place à la joie, le verdict de condamnation est levé, et Dieu lui-même se réjouit de son peuple. Cela ouvre une perspective intéressante : Dieu habite au milieu de son peuple, la place est déjà prise, inutile de vouloir maîtriser l’autre, le posséder ou le dominer. Cherchons plutôt à cultiver un regard sain sur l’autre qui porte une dignité semblable à la mienne : lui aussi a été créé à l’image de Dieu.

 

¹Genèse 4.6
²Genèse 4.9a
³Genèse 4.9b
⁴Sophonie 3.12

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