Martin Luther : le déclenchement de la Réforme, 500 ans après

 Dans Christ Seul

Après avoir évoqué dans un premier article (Christ Seul, mars 2016) le désir profond de réforme et les trajectoires à l’œuvre dans la période qui précède Martin Luther, nous abordons ici l’événement qui déclenche la Réforme, événement dont l’année prochaine marque le 500e anniversaire : la « querelle des indulgences » de 1517.

En 1506, le pape Jules II publie une indulgence pour la reconstruction de Saint-Pierre de Rome, renouvelée par Léon X en 1514. En 1517, Albert, archevêque de Mayence et de Brandebourg, fait publier une directive pour les personnes chargées localement des indulgences.

Les indulgences

Voici les aspects principaux que Luther et d’autres trouveront difficilement acceptables. Il s’agit de « quatre grâces principales » qui pouvaient être acquises via l’indulgence en question1 :
« 1. […] la remise complète de tous les péchés et de toutes les peines pénitentielles qui auraient encore dû être purgées au purgatoire ;
2. […] une lettre de confession qui conférait à celui qui en faisait l’acquisition le droit de choisir librement un confesseur et qui obligeait ce dernier, « une fois dans la vie et à l’heure de la mort », à absoudre tous les péchés graves, y compris les cas réservés au siège apostolique […] ;
3. […] on obtenait l’assurance que toutes les personnes qui verseraient une somme d’argent, ainsi que toutes les personnes de leur famille, auraient part à la totalité du trésor formé par les biens spirituels de l’église.
4. La quatrième grâce concernait la libération des âmes des morts qui se trouvaient déjà au purgatoire ; elle aussi déployait ses effets sans repentance ni confession auriculaire, simplement par le versement de l’argent dans la caisse. »
L’affaire éclate en grande partie grâce à Johann Tetzel (1465-1519), dominicain et responsable de la prédication de l’indulgence dans l’archidiocèse de Magdebourg, juste à côté du territoire de Luther. En avril 1517, Tetzel se trouvait tout près de Wittenberg, ville où Luther, moine augustinien, était professeur de théologie. De nombreuses personnes lui rapportaient des échos troublants.

Martin Luther95 thèses

C’est en réaction que Luther rédige ses 95 thèses. Ces thèses, appel au débat universitaire et théologique, sont pensées dans les catégories de la théologie médiévale. Luther ne met pas encore en question l’existence du purgatoire. En voici quelques extraits :
« (XXI) Ils errent donc, les prédicateurs des indulgences qui disent que par les indulgences du pape, l’homme est quitte de toute peine et qu’il est sauvé.
(XXXII) Ils seront damnés pour l’éternité… ceux qui croient, par des lettres d’indulgences, être sûrs de leur salut.
(XXXVI) N’importe quel chrétien, vraiment repentant, a pleine rémission de la peine et de la faute ; elle lui est due même sans lettres d’indulgences2. »
Sylvester Prierias, théologien dominicain, rédige une première réaction aux thèses de Luther, qui lui-même en prend connaissance en août 1518.

Prierias situe le débat sur la question de l’autorité du pape, pensant que Luther mettait sérieusement en question l’autorité de l’église. Ainsi, dès le début, la querelle des indulgences est aussi une querelle sur l’autorité. Pour Prierias, l’église universelle représentée par le pape ne peut pas se tromper.

Nouvelle théologie de la grâce et de l’Eglise

En même temps, c’est un autre dominicain, Cajétan, qui saisit déjà en 1518 les enjeux sur la grâce et le salut. Selon Thomas Kaufmann, Cajétan comprend que, dans la théologie de Luther, « entre le Christ et l’église prenaient maintenant place sa Parole et la foi acceptant la Parole ». Une nouvelle théologie de la grâce et une nouvelle vision de l’église commencent à se mettre en place.
C’est ensuite, à partir de « l’affaire Luther », que vont converger les trajectoires et questions évoquées dans notre premier article. Rome pense qu’en excommuniant Luther (1521), l’affaire sera réglée. Après tout, il s’agissait d’un moine insignifiant situé au fin fond de l’Empire. La suite de l’histoire montre le contraire.
Très tôt, les enjeux sont très élevés. Luther est mis au ban de l’Empire. L’affaire devient politique et très polémique. Les ruptures qui suivent jouent un rôle fondamental dans la suite de l’histoire européenne et mondiale.
Comment évoquer et célébrer la mémoire d’événements que les uns considèrent comme « héroïques » et les autres comme « tragiques » ? Le premier centenaire de la Réforme (1617) a contribué à déclencher la guerre de Trente Ans. Les dialogues entre mennonites et catholiques, mennonites et luthériens, ont mis en évidence l’importance d’une « mémoire correcte ». Que commémorerons-nous en tant que mennonites en 2017 ?

Notes

1. Ces informations viennent de Thomas Kaufmann, l’un des meilleurs spécialistes de la Réforme du 16e siècle. Voir son Histoire de la Réformation, Genève, Labor et Fides, 2014, p. 141-148.
2. Tiré de Luther, Œuvres, éditions Gallimard, 1999. p. 137-138.

Vers les 500 ans de la Réforme

Trois articles dans Christ Seul en 2016 :
1. La Réforme : une préparation dans le temps… (mars 2016)
2. Martin Luther : le déclenchement (juin 2016)
3. L’émergence de l’anabaptisme (octobre 2016)

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