Exprimer la plainte au culte

 Dans Christ Seul

Il arrive que les soucis et la souffrance semblent ne pas trouver de place dans les cultes. Ou que l’on ne sache pas comment leur permettre une expression, devant Dieu et en communauté rassemblée. Plaidoyer pour faire place à la « plainte » dans le culte et pistes pratiques.

Le monde est rempli de mal et de souffrance. De tout temps, les êtres humains se trouvent frappés en pleine figure par l’épreuve. Une foi honnête exige des expressions de lamentation. Que ce soit par la bouche de Job, de David ou des prophètes dans l’Ancien Testament, et de Jésus lui-même dans le Nouveau, la Bible est remplie de cris de souffrance.

L’absence de la « plainte » lors des cultes est un phénomène récent. En regardant de près l’Écriture, l’expression de la « lamentation » est largement présente lorsque le peuple de Dieu se réunit. Le meilleur exemple, ce sont les psaumes, qui occupent un rôle unique comme source de prière et de chant dans la liturgie du peuple de Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament. Utilisés dans le culte individuel et collectif, considérés comme indispensables, ils étaient lus, récités et chantés pour louer Dieu, pour progresser dans la foi, pour encourager face aux épreuves, et comme expressions  de reconnaissance.

Plus d’un tiers des 150 psaumes appartiennent à la catégorie de la complainte. Il s’agit de prières interpellant Dieu, venant de personnes qui subissent des difficultés de toute sorte. Les paroles, adressées à Dieu, comportent des expressions de douleur, de frustration, d’isolement, d’abandon, voire de colère. Ces psaumes permettent de dire « pourquoi ? », d’exprimer notre peine et déception, tout en affirmant que Dieu entend nos cris.

Il ne s’agit pas de plaintes qui restent dans l’air. Non, elles amènent à la louange. L’assurance que Dieu agira est un élément essentiel des psaumes. Leur mouvement permet de crier la souffrance, d’exprimer la révolte, tout en aboutissant à la confiance en Dieu toujours avec nous.

Voici quelques suggestions pour incorporer la « plainte » dans les cultes.

LA LECTURE DES PSAUMES

• Lire des psaumes de complainte (13, 22, 39, 51, 56, 92…) en entier, soit à l’unisson soit en voix alternées.

• Écouter une lecture « dramatique » d’un tel psaume.

• Prier les psaumes de complainte pour se préparer aux situations difficiles qui vont se produire ou qui risquent d’arriver.

• Prêcher sur la « plainte ».

LE CHANT

La foi chantée se fait ressentir autrement que la parole simple. Elle est souvent plus accessible à ceux qui souffrent.

La « plainte » est trop souvent absente de nos chants. Plutôt que de faire silence sur les situa­tions douloureuses personnelles, dans l’Église ou dans le monde, le chant offre un moyen de don­ner une voix collective aux difficultés de la vie. De tels chants peuvent exprimer la douleur tout en restant dans le contexte de la foi et de l’espérance. Se « lamenter » par le chant est l’expression d’une communion fraternelle profonde, qui affirme à ce­lui qui souffre qu’il n’est pas seul.

Deux exemples : « Béni soit ton nom » (732 JEM), dont le titre et une partie du contenu viennent du livre de Job, et « Au fort de ma détresse » (33 ATG), un chant basé sur le psaume 130.

Suggestion : accompagner ce genre de chant seu­lement avec une flûte à bec ou un saxophone.

LA PRIÈRE

• Utiliser un psaume de complainte comme modèle de prière d’intercession.

• Encourager à prier dans de tels moments en se servant des expressions d’interrogation telles que « pourquoi ? », « où ? », « jusqu’à quand ? ». L’expression « combien de temps ? » est utilisée plus de 20 fois dans les psaumes.

• Remplacer un moment de confession des péchés par un moment de « lamentation ». Cela permet de comprendre que notre péché personnel fait partie d’un monde brisé, plus largement. Terminer ce moment par une déclaration exprimant la souveraineté de Dieu (voir, par exemple, des extraits des psaumes 42 ou 43).

LE TÉMOIGNAGE

Avec discernement, on peut inviter des personnes à partager une souffrance du passé, déjà assumée, en commençant et terminant le partage par une phrase telle que : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres n’ont pas pu la saisir » (Jn 1.5). Un moment de prière et/ou de chant peut suivre.

POUR ALLER PLUS LOIN…

Redécouvrir les Psaumes, Actes du colloque de Vaux-sur-Seine 2012, Charols, Édifac & Excelsis, 2015
La spiritualité et les chrétiens évangéliques, vol. 2, Cléon d’Andran, Édifac & Excelsis, 1998.

 

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