500 ans des réformes – Retour aux sources

 Dans 500 ans des Réformes, Blog

Voici le 11e article de cette série écrit par Marie-Noëlle von der Recke, théologienne d’origine française vivant depuis de nombreuses années en communauté en Allemagne. Pour elle, une réforme de l’Eglise aujourd’hui passe par un retour aux sources des Ecritures, de la radicalité du message et de la pratique de Jésus et des premières communautés chrétiennes. 

 

En mennonite convaincue que le lieu de la réflexion chrétienne est la « communauté herméneutique », j’ai pensé que plutôt que d’écrire mon seul point de vue sur le sujet, il serait intéressant et judicieux d’en faire le thème d’une discussion. Lors de vacances avec des amis de tous bords, une soirée a été fixée à cet effet. Mais la soirée en question venue, les membres du groupe se sont un à un excusés : les plus âgés étaient trop fatigués, les autres, chrétiens engagés pour la plupart, pensaient ne rien avoir à dire sur le sujet… Déception… Signe en tout cas que le thème n’est pas vraiment brûlant pour nos contemporains, même pas pour des personnes prêtes d’habitude à discuter de tout.

Les célébrations de la Réforme de Luther ont permis pendant des mois d’évoquer son importance pour l’évolution de l’histoire et de la société occidentales, mais cela ne suffit pas pour faire du thème de la réforme de l’Église aujourd’hui une question stimulante pour les esprits. Certaines raisons de cet état de faits sont exposées dans la contribution de Frédéric de Coninck à cette série (5e article, posté le 21 juin 2017).

Une récente invitation à parler à Marburg de la Réforme radicale devant un public de chrétiens engagés dans un parti politique de gauche m’a cependant amenée à reprendre la réflexion. J’ai été interpelée en fouillant dans l’histoire des anabaptistes. La naissance de leur mouvement, contemporaine des bouleversements subis par l’Église et la société du début du 16e siècle, ne peut être comprise que dans ce contexte bien particulier.

 

Constantinisme politique

Les célébrations de ces derniers mois ont mis en scène les luttes de Luther, sa théologie et sa contribution au changement irréversible du paysage ecclésial occidental. Je me demande si elles ont suffisamment souligné le fait que, sans soutien politique, il n’aurait pas emporté la victoire qu’il a emportée. Je vois ici un parallèle avec la situation de l’Église à la fin du 4e siècle de l’ère chrétienne. L’Église persécutée n’a pu que se réjouir de la fin des persécutions sous l’empereur Constantin. Le soutien de l’État a été cependant lourd de conséquences pour la suite de l’histoire de l’Église.

Aujourd’hui, les Églises ne sont qu’autant d’options parmi d’autres dans un monde où le pluralisme est roi. Dans les régions où l’Église est restée un interlocuteur attitré de l’État, réduisant trop souvent son message à un consensus sociétal sans contours distincts, on pourrait souhaiter qu’elle renonce enfin à ce statut privilégié pour réfléchir avec réalisme à son avenir en tant que minorité dans un monde sécularisé. On pourrait souhaiter qu’elle se pose les questions qui correspondent à cette réalité et qu’elle repense sa mission dans ce contexte.

 

Constantinisme économique

Quant aux Églises qui ne sont pas les otages du constantinisme politique, elles auraient elles-aussi une tâche importante : se libérer de ce qu’on pourrait appeler le constantinisme économique[1]. Les descendants des persécutés d’autrefois, de ces oubliés de la Réforme dont les convictions remettaient trop profondément en question les structures de la société d’alors pour être prises au sérieux [2] sont aujourd’hui bien souvent des gens qui ont réussi matériellement et ne sont pas forcément prêts à remettre sérieusement en question les structures économiques actuelles.

 

Retour aux sources

Dans les deux cas, c’est un retour aux sources qui me semble s’imposer. Les prophètes de l’Ancien Testament plaidaient pour l’application de la Torah. Jésus reprit leur message. L’Église primitive fut portée par la vague formidable, mise en mouvement par sa vie, son enseignement, sa mort et sa résurrection. Une Église qui souhaite se renouveler est appelée à relire cette histoire pour la faire sienne et à trouver les mots et les actes qu’il faut pour la traduire à ses contemporains. Ainsi pourrait-elle redevenir le mouvement subversif qu’elle a été.

Marie-Noëlle von der Recke, Laufdorf (D), Laurentiuskonvent

 

Notes

[1] Expression de Wilfried Warneck dans une critique aux Églises de paix traditionnelles, présentée lors d’un colloque tenu au Bienenberg en juillet 2001.

[2] Voir l’article de Neal Blough, La Réforme, un regard nouveau : villes, paysans et anabaptistes

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