Que pensent les riches des pauvres ?

 Dans Christ Seul

« Je ne céderai rien aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes… » Ces quelques mots, formulés en septembre dernier par le Président français à l’adresse des opposants à sa réforme du droit du travail, ont choqué l’opinion publique. Emmanuel Macron a expliqué que ses propos, contrairement à l’interprétation qui en avait été faite, ne visaient nullement les syndicalistes, ni les travailleurs. Soit. Toutefois, le président français n’en est pas à sa première phrase du genre. N’a-t-il pas dit qu’« une gare était un lieu où se croisaient des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien »… ? N’a-t-il pas qualifié « d’illettrés » des ouvriers d’une usine dont les portes menaçaient de fermer ? Ou encore de « chômeurs récidivistes » les personnes ayant connu plusieurs périodes de chômage ?

DE QUOI CHOQUER

Photo : www.unsplash.com – Serge Kutuzov

Le dédain face aux pauvres véhiculé par ces propos a de quoi choquer. Ils sont pourtant plus répandus qu’on ne pourrait le penser. Dans son dernier ouvrage Ce que les riches pensent des pauvres, le sociologue Serge Paugam révèle que la tendance à la ségrégation sociale grandit, avec une mise à distance physique, sociale des classes pauvres, jugées « dangereuses », légitimée pour partie par le « mérite ». Les privilèges financiers, sociaux, culturels seraient « mérités », car « gagnés ». Corollaire à cela, la pauvreté serait également « méritée » : les pauvres n’auraient, en effet, pas suffisamment « mouillé la chemise ». « La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler » déclarait, à ce propos, Emmanuel Macron, alors qu’il était encore Ministre de l’économie. Cette façon de légitimer, en la normalisant, sa situation – et par-delà celle des « autres » – contribue à neutraliser – anesthésier – tout sentiment de compassion vis-à-vis de la souffrance d’autrui, remarque Serge Paugam.

JÉSUS PROCHE DES MARGES

Choqué ? Le Christ ne l’est probablement pas, car il connaît le fond du cœur de l’être humain (Jn 2. 25). Attristé ? Il l’est sans doute de voir que, dans le monde d’opulence qui est le nôtre, les pauvres continuent de s’appauvrir, que la « misère chasse la pauvreté » (Majid Rahnema, 2004) et que le cœur des hommes est toujours aussi étanche – anesthésié – à la souffrance d’autrui. Toutefois, certitude bienfaisante, il est plein d’amour pour nous pécheurs et n’a de cesse de nous rappeler nos responsabilités à l’égard de notre prochain. « Va et désormais ne pèche plus. » (Jn 8.11)

Que l’exemple du Christ, qui a prêché, prôné et vécu l’abolissement des frontières – géographiques, sociales, morales – édifiées par les hommes, pour se rapprocher de corps et de cœur avec ceux qui souffrent et sont exclus, puisse continuer de nous inspirer, de servir de fil conducteur à nos existences ; et que l’Esprit Saint nous inspire pour incarner cet exemple dans le quotidien de nos réalités de vie respectives.

Pour aller plus loin…

www.christnet.ch (forum chrétien de réflexion sociale, économique et environnementale)

 

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